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Django Reinhardt
© D.R.

Portrait de: Django Reinhardt

Django Reinhardt symbolise le génie sauvage, l’instinctif, le manouche qui ne savait ni lire ni écrire et qui n’en avait jamais vu l’utilité. Né le 23 janvier 1910, dans une petite bourgade belge non loin de Charleroi. Jean Baptiste Reinhardt dit Django, a découvert la musique en tombant nez à nez avec un vieux banjo traînant sur le sol de la roulotte de sa mère. Il a 10 ans. Les manouches, d’origine du Nord de la France, sont habitués à la rudesse de la vie, et son enfance passée à fuir la 1ère Guerre Mondiale fut pour lui le meilleur des apprentissages.


Lorsqu’ils posent leur campement à Paris, six mois se sont écoulés depuis la découverte du banjo. Le jeune garçon ne veut plus lâcher son compagnon de route, jouant toutes les mélodies qui lui passent par la tête, tout ce que son oreille est prête à capter. Le musicien manouche se fait rapidement un nom, Il traîne d’abord dans les rues, joue sur les marchés, sur des bouts de trottoir, puis les patrons de bistrot finissent par l’inviter à entrer. A 12 ans, il intègre un orchestre de bal parisien. Quelques années plus tard, alors qu’il commence à vivre convenablement de sa guitare, il fait la découverte du Jazz. Django a déjà prit goût à cette vie où l’argent tombe et se dépense facilement, à ce moment là, le meilleur endroit de Paris pour ça, c’est Pigale. Là-bas, la musique si moderne des Noirs américains commence à se faire connaître. Lui, pour l’instant joue encore du musette et passe son temps à se coller aux vitres de l’Abbaye de Thélème pour tenter d’entendre quelques bribes de sons de l’orchestre de Billy Arnold. Le jeune homme rêve de jouer avec ces musiciens, mais Django ne lit pas plus la musique que le français, et son jazz n’aura pas grand-chose à voir avec le leur.


Il a 18 ans lorsqu’il est gravement brûlé à la main gauche dans l’incendie de sa roulotte. De grandes bandes recouvrent son corps, sa main, véritable joyau de précision, est totalement atrophiée. L’auriculaire et l’annulaire restent désespérément pétrifiés. En l’espace de quelques mois, alors qu’il n’a que 20 ans, il réinvente la technique de la guitare. Doucement mais sûrement il redevient le Django phénomène. Sa dextérité et son style lui rouvrent les portes des café à la mode. L’artiste part pour Cannes, mais malgré son succès dans l’orchestre du casino, il se fait chasser de la plage où il s’était installé avec sa tribu. Peu de temps après cet incident, Django remonte à Paris vivre l’apogée de sa carrière. Le 2 décembre 1934, voit la naissance d’un nouveau groupe, le Quintette du Hot Club de France. Grâce à sa simplicité et sa virtuosité, cette formation va révolutionner le jazz, elle est composée entre autre de son frère Joseph en seconde guitare, Stéphane Grappeli au violon et Louis Vola à la contrebasse.


La reconnaissance, la réussite, ne change rien à sa façon d’être. Le manouche était connu pour ne pas respecter ses contrats, il disparaissait du jour au lendemain et ne se présentait pas toujours aux concerts, préférant taper le carreau avec ses « frères ». « Django, c’était du sable, une sorte de poussière d’or qui vous glissait entre les doigts. Avec lui, on était sûr d’être moralement cocu, un jour ou l’autre... », expliquait Louis Vola.


Django a apporté au jazz une odeur, une couleur, celle du voyage. Il lui a redonné un côté instinctif. Avec trois guitares, un violon et une contrebasse, il a formé un quintet jazz façon campement manouche, où les roulottes tiennent lieu de scène et les longues heures d’improvisations de simple terrain de jeu. Pas besoin de réfléchir, juste de jouer jusqu’à ce que l’envie vous quitte. L’envie le quitta pendant de longues années, Django pêcheur et peintre, s’installa à Samois sur Seine. Il fit un retour remarqué en 1950, mais une congestion cérébrale l’emporta trois ans plus tard alors qu’il revenait d’une partie de pêche. Django laisse derrière lui une musique et un style inimitable : le jazz manouche.



Arnaud Cabanne




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